Jonathan Mourglia


Photographe

KERN

La pratique de la marche, la réalisation répétée d’excursions en montagne, font partie intégrante de mon travail photographique. Ainsi, des traces de marcheurs ou alpinistes ont progressivement pris place dans mes images, comme marqueurs de cette évolution physique des corps au sein de ces espaces. Le radical ker désigne, étymologiquement, la capacité de distinction, le fait de pouvoir être vu de loin. Ces petits tas de pierre disposés le long des sentiers et itinéraires de montagnes me semblent agir comme des boussoles, réorientant un paysage, créant un point de focalisation au sein d’une étendue homogène. Toutefois, l’architecture du cairn est instable. Au contraire de la dureté structurelle des roches le composant, les plus précaires peuvent se voir emportés au cours d’un orage violent ou par le simple passage du temps. Dans quelques itinéraires peu fréquentés en venons nous ainsi à nous demander si tel amas de pierres nous indiquent effectivement la marche à suivre, ou s’il s’agit uniquement d’une formation née d’un hasard gélologique.
De même, ces quelques cercles indiquant des emplacements de bivouacs posent question. Si les plus aboutis peuvent légitimement faire espérer à leurs hôtes de passage un abris efficace contre le vent, les plus rudimentaires ne constituent aucune protection tangible. Reste la construction d’un seuil fictif, la réappropriation mentale d’un espace le temps d’une nuit, la délimitation d’un lieu d’habitation temporaire, à notre mesure.

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